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Bertille Dupont – Il ne faut pas hésiter

Sports House – https://sportshouse.fr/golf-usa

 

Peux-tu te présenter pour nos lecteurs ?

Je m’appelle Bertille Dupont. Je suis née en Seine et Marne à Lagny-sur-Marne. J’ai obtenu un bac S, au lycée Van Dongen. J’ai toujours été sportive. J’ai pratiqué le judo notamment mais le golf a pris le dessus vers mes 15 ans. Je ne voulais pas arrêter le golf pour mes études alors j’ai fait un an de STAPS. Toutefois, la mentalité ne m’a pas plu. J’ai donc décidé de partir aux États-Unis. J’ai fait 2 ans à l’université de Lamar au Texas avant de rejoindre l’université du Nevada à Reno pour finir mes études d’ingénieur.

À quel moment est apparue cette envie de pratiquer le golf ?

Mon oncle faisait partie des Pompiers de Paris avant que je naisse. Un jour, il a trouvé un sac de golf dans une voiture noyée dans la Seine et l’a donné à mon père. Quand j’avais 10 ans, ce dernier m’a emmené taper quelques balles. Ça m’a plu, mais ça a pris un peu de temps avant de devenir une passion. J’étais encore très branchée judo, mais dès lors que j’ai commencé à mieux jouer, je suis devenu accro.

Quelles ont été les personnes déterminantes dans le développement de ta passion ?

Mes parents et ma meilleure amie Océane. Mon père et ma mère m’ont toujours soutenue dans mes choix et m’ont toujours fait confiance. Ils ne veulent que mon bonheur et me poussent dans mes retranchements sans me mettre la pression. Ils savent me rappeler les choses importantes de la vie et comment rester humble tout en progressant. Concernant Océane, lors de mon année de STAPS, elle faisait Science Po à Paris. Nos études ne nous plaisaient pas trop et beaucoup de joueurs partaient aux US avec des bourses. Pour cela, il fallait jouer pour l’université et obtenir de bonnes notes. On s’est dit que c’était le moment opportun. On a envoyé nos dossiers en février à une trentaine d’universités. Nous avons été recrutées par des coachs, et nous sommes parties toutes les deux dans des universités différentes en août.

En France, le golf est un sport peu médiatisé, souvent critiqué par ceux qui ne le pratiquent pas. Est-ce que cela a été un problème et/ou un frein dans ta progression personnelle ?

Je ne pense pas que ça a été un frein à ma progression. Mes amis et ma famille me soutenaient. Face à ceux qui critiquaient, j’argumentais. Mais au fond, je savais ce que je voulais. En France, le golf est vu comme un sport de papys et de riches. La plupart des personnes qui ont cette image, n’ont jamais essayé. C’est vrai que l’on ne court pas, que les gens âgés y jouent. Le vélo aussi ! Je pense que c’est pareil dans tous les sports. Lorsqu’on veut avoir un certain niveau, il faut s’entrainer tout le temps. Même si au golf l’effort n’est pas intense, un parcours de 18 trous dure au minimum 4h. Parfois dans des conditions très difficiles et en portant son sac. Et oui, pas de voiturette ! Aux États-Unis, les étudiants considérés comme « athlètes », ceux qui jouent pour l’université, ont le même emploi du temps que les autres étudiants. Seulement, nous avions minimum 30 heures d’entraînement en plus par semaine. 4 heures d’entrainement physique à 6h du matin et des qualifications le weekend.

Le golf est un sport très dur. Il demande de la force mentale et physique pour tenir sur le long terme et garder une précision optimale au moment de frapper la balle. Aux US, le golf est bien plus médiatisé et reconnu. Il est d’ailleurs dans le top 3 des sports derrière le baseball et le football américain. Pour tout te dire, j’avais honte de mettre ma passion pour le golf en avant en France, mais j’en étais fière aux US ! Je trouve ça dommage que les gens critiquent un sport ou même un autre passe-temps. Et puis, après tout, le golf est un sport olympique, non ?

Ta famille, tes amis t’ont-ils soutenu dans ton choix de partir à l’étranger

Oui. Avant mon départ assez rapide, j’ai même eu le droit à une fête surprise. J’appelais mes parents et ma sœur presque tous les jours malgré le décalage horaire. Ils ne voulaient que mon bonheur et je leur en suis extrêmement reconnaissante.

Bien décidée à parvenir à tes fins, tu as donc traversé l’Atlantique. Pourquoi l’Amérique ?

Les États-Unis sont une destination très populaire pour les golfeurs. Le même système athlétique existe au Canada mais golfer dans la neige, ce n’est pas terrible. Ce n’est pas un sport-études comme en France où l’emploi du temps scolaire est aménagé et où l’on peut avoir des cours à domicile. Là-bas, il y a environ 16 crédits par semestre pour tout le monde (20 heures de cours par semaine). Les athlètes ont entrainement le reste du temps, et les autres travaillent où s’occupent comme ils peuvent.

De plus, grâce au golf, j’avais la possibilité d’obtenir une bourse. En gros, l’université recrute des joueurs pour gagner et faire la renommée du campus. J’avais donc les moyens de faire des études d’ingénieur, continuer le golf, apprendre l’anglais et partir en Amérique. Que demander de mieux ! J’ai obtenu une bourse complète me payant mes études, mon logement, ma nourriture, les déplacements sportifs… Heureusement car le coût de l’université pour les étrangers s’élève jusqu’à $50.000 par an ! Du coup, je n’avais que le billet d’avion à payer pour rentrer en France pour les vacances.

Bertille Dupont (deuxième en haut à droite) et ses coéquipières.

La France ne pouvait-t-elle pas t’offrir les moyens suffisants pour réaliser ton projet ?

Après le bac, je ne savais pas vraiment ce que je voulais faire. STAPS ne m’a pas plu et j’avais découvert que c’était très facile de changer d’études aux US (toutes les formations sont dans le campus, on peut faire des études de journalisme et changer le lendemain pour mathématiques). Comme je voulais vraiment continuer le golf, je suis partie et je me suis dit qu’au pire des cas, je rentrerais. J’ai commencé par des études d’ingénieur et je me suis spécialisée dans le génie mécanique au bout d’un an. Après deux ans, j’ai voulu changer de coin et trouver une meilleure équipe pour le golf. Notre coach s’était fait viré et il y avait beaucoup de tensions. En plus le Texas, ce n’est pas forcément le meilleur état. J’ai donc envoyé mon dossier (notes scolaires et résultats sportifs) aux universités. C’est à ce moment-là qu’une coach du Nevada m’a recrutée. J’ai fini en 5 ans, un peu plus long à cause du transfert, et j’ai maintenant mon diplôme (Bachelor) en génie mécanique avec un mineur en Mathématiques.

En changeant de continent, tu as dû changer de mode de vie, découvrir une nouvelle culture, une nouvelle langue. Comment as-tu géré la situation ?

Ça n’a pas été tous les jours facile mais c’était très enrichissant. Quand je suis partie, je ne parlais pas bien anglais. J’avais un niveau moyen au lycée et je me débrouillais bien plus en espagnol. Quand je suis arrivée au Texas, je me suis retrouvée toute seule et je ne comprenais rien. Mais franchement, on arrive à se faire comprendre avec les mains ! À l’école, ça allait car le niveau était facile la première année et les profs donnaient beaucoup de détails sur les examens. Je me suis faite pleins d’amis notamment dans l’équipe de golf et de tennis où les européens ne manquaient pas. J’ai également rencontré quelques français qui m’ont un peu aidé. Les six premiers mois, j’étais extenuée. Le fait de toujours faire des efforts pour parler et comprendre en plus du golf et des études était assez dur. Mais bon, après quelques temps je commençais à bien parler et c’était super.

Comment s’est passé la séparation avec ta famille, tes amis ?

C’était dur et ça l’est toujours. Heureusement que les technologies sont là, même si parfois, on voudrait plus. Le temps passait vite car j’avais des journées chargées mais au moment de Noël, on a hâte de rentrer. J’ai la chance que mes parents et ma sœur soient venus me voir et même une bonne partie de ma famille était présente pour ma graduation le mois dernier. C’était génial !

Après ton arrivée sur le sol américain, tu as poursuivi ta formation dans l’école…. Peux-tu nous en parler ?

J’ai donc fini mes études de génie mécanique en 5 ans « spé maths ». C’était un Bachelor Mechanical Engineering, Mathematics Minor. Honnêtement, j’ai trouvé que mon année de terminale au lycée était au même niveau de difficulté que ma dernière année aux États-Unis. Le niveau basique de maths demandé est comme celui du lycée. Certains cours étaient difficiles mais je m’en suis bien sortie. Beaucoup d’aides sont proposées par le campus (aides par les étudiants, session d’aide supplémentaires…). La carrière athlétique se joue en 4 ans seulement (sauf en cas de blessure). J’ai donc fini le golf après 4 années mais j’ai eu le droit de garder ma bourse un an pour finir mes études. Comme j’avais du temps libre, j’ai travaillé sur le campus en tant que tutrice où j’aidais les étudiants 20h par semaine.

Tu as pu comparer deux méthodes de travail durant ton apprentissage. Laquelle as-tu préféré ?

Je dirais celle des États-Unis. Même si les études en France sont très reconnues et à très haut niveau, au final le même diplôme nous attend à l’arrivée. J’ai adoré le fait de pouvoir continuer le sport sans être considérée comme une mauvaise élève ! Le sport en France, à l’école, est considéré comme un loisir optionnel qui ne devrait pas entraver sur les études. Au contraire, je pense qu’il est essentiel d’avoir une activité sportive pour bien travailler.

Malgré les moments passés sur place, tu décides de rentrer en France. Pourquoi ?

Je ne rentre pas ! Je repars au Canada, à Vancouver pour un Master en Génie Biomédical. Encore une fois, même si les études sont un peu moins poussées, le diplôme que j’ai obtenu au Nevada m’a permis d’être acceptée à l’université de British Columbia, classée dans le top 40 mondial. Donc n’ayez pas peur de vous lancer ! Par contre, je ne voulais plus rester aux États-Unis. Je voulais juste avoir l’opportunité de voir autre chose, une autre culture, et retrouver ma sœur à Vancouver. Bien sûr que la culture française me manque ! Là-bas, manger n’est pas un acte social ! Mais au Canada, on peut retrouver un peu cette convivialité. J’ai hâte !

Que retiens-tu de cette expérience ?

Qu’il ne faut pas hésiter. C’est dur au début, mais tellement de choses sont à découvrir qu’on ne voit pas le temps passé. Partir est un des meilleurs moyens de s’ouvrir au Monde, grandir et se remettre en question. J’ai aussi appris à me concentrer sur ce qui est important. J’essayais souvent de vouloir satisfaire tout le monde mais parfois, c’est impossible. Ma dernière année, je m’entourais de gens bien et me fichais des critiques inutiles.

De nombreuses personnes n’osent pas suivre ton parcours par peur de l’inconnu, de l’échec. Quels conseils pourrais-tu leur donner ?

On est tous humains ! On retrouve toujours un peu de chez soi quelque part qui nous réconfortera dans les moments difficiles. Je pense qu’il faut se poser certaines questions : Est-ce que si je ne le fais pas, je vais le regretter ? Que vais-je apprendre de cette expérience ? Suis-je en danger ? Dites-vous qu’à tout moment, vous pouvez rentrer. Ce n’est pas un billet aller sans retour. Je ne suis pas une personne extravertie et parfois c’était compliqué d’aller vers les gens. Mais les gens viennent à vous. Alors foncez !

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