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Les Universités Américaines veulent les Sportifs Europeens (Le Figaro, 6 juin 2014)

Les étudiants sportifs français sont de plus en plus nombreux à partir pour les États-Unis, où les universités leur offrent des bourses couvrant jusqu’à l’intégralité des frais de scolarité.

Aux Etats-Unis, le sport universitaire atoujours eu une importance particulière. Avec notamment des campus dotés d’équipements dignes des plus grands clubs sportifs européens. Des compétitions, acharnées, qui peuvent attirer des dizaines de milliers de spectacteurs. Des noms d’anciens joueurs universitaires, devenus légendes de leurs sports, tels que Michael Jordan ou Michael Phelps. Rien que d’en parler, Gaulthier Berret a les yeux qui brillent. Il y a encore quelques semaines, il ajustait revers et coups droits sur les terrains d’entraînement de l’University of Maryland Baltimore County (UMBC). Un établissement où le jeune Français a suivi, pendant près de quatre ans, une formation de consulting en management tout en pratiquant, à très haut niveau sa passion, le tennis.

A l’origine de cette opportunité, une bourse. «Environ 27.000 dollars chaque année, soit 108.000 dollars sur l’ensemble du séjour. Ça représente 90% des frais: logement, droits de scolarité ou encore nourriture» détaille Gaulthier. Une manne conséquente que les établissements américains ont pourtant pris l’habitude, ces dernières années, de débloquer pour attirer les meilleurs éléments étrangers. Et à en croire Benoît Matival, fondateur d’OverBoarder, une agence qui envoie, tous les ans, une cinquantaine d’étudiants outre-Atlantique, les Français sont particulièrement appréciés: «Aujourd’hui, il doit y avoir environ 200-250 Français qui tentent, à chaque rentrée et tous sports confondus, leur chance. Et même si la concurrence est rude, le niveau général de nos étudiants est bon, particulièrement en tennis ou football. Certains arrivent même à percer dans des mondes très fermés, comme la première division de basketball».

«Elle a passé 5 ans à la Columbia University, sans payer un centime»

Au départ, témoigne Benoît Matival, les raisons qui poussent les étudiants à s’envoler sont nombreuses. Certains «veulent simplement tenter l’expérience “USA”, pour voyager et maîtriser la langue». D’autres «souhaitent poursuivre leur rêve de devenir sportif professionnel». Il y a aussi ceux qui «n’ont jamais eu envie de faire le choix entre une pratique intensive de leur sport, et des études sérieuses». Enfin, et ils sont nombreux, il y a ceux qui, grâce à leur niveau en sport, saisissent l’opportunité d’intégrer de prestigieuses universités. «Je me rappelle d’une fille, qui a passé 5 ans à la Columbia University, sans payer un seul centime» témoigne le patron d’OverBoarder.

Mais la générosité des facs américaines n’est évidemment pas désintéressée. Derrière les profils de jeunes étudiants ambitieux se cachent surtout des talents hors-du-commun, chacun dans sa discipline. «C’est le niveau sportif qui permet d’obtenir les bourses, confirme Benoît Matival, chaque université, selon son prestige, possède ses critères d’octroi. Mais en règle général, un niveau régional est le minimum pour intéresser les Américains.» Gaulthier Berret était, pour sa part, classé 0, «parmi les 10 meilleurs jeunes français de son âge» lorsqu’il intégre, en 2010, l’université du très influent président Freeman Hrabowski.

 

A l’University of Maryland (UMBC), Gaulthier profitait quotidiennement d’infrastructures de très haut niveau.
A l’University of Maryland (UMBC), Gaulthier profitait quotidiennement d’infrastructures de très haut niveau.

«Des conditions tout simplement exceptionnelles»

Une fois sur place, le rythme est pour le moins soutenu. «Environ 16/17 heures de cours par semaine, 15 heures de travail à domicile avec l’aide de tuteurs, et près de 20 heures d’entraînement. Auxquels il faut ajouter les nombreux voyages pour les compétitions, parfois à l’autre bout du pays» explique Benoît Matival. Pour Gaulthier, les premières semaines ont d’ailleurs été lourdes. Presque trop.: «C’est très dur, au départ. Avec la fatigue, les cours deviennent particulièrement difficiles à suivre. Sans une excellente hygiène de vie, c’est impossible». «Je me rappelle d’une fois, raconte-t-il, où j’ai dû finir un devoir important à l’arrière du van qui m’amenait à la prochaine compétition.»

Heureusement, les universités américaines sont, avec leurs prodiges, à peu près aussi exigeantes qu’aux petits soins. «A l’arrivée, se rappelle Gaulthier, tout était prêt. Les clés de l’appartement dans les mains, les calendriers et l’emploi du temps affichés, les équipements à aller chercher.» Les athlètes de division 1, comme le jeune tennisman français, sont choyés et suivis par près d’une centaine d’encadrants, des kinésithérapeutes aux entraîneurs. Revenu il y a un mois, diplôme en poche, le jeune est presque nostalgique: «C’étaient des conditions exceptionnelles» admet-t-il.

S’il a finalement abandonné l’idée d’une carrière professionnelle, Gaulthier Berret a «vécu son rêve». Sans hésitation, il conseille l’expérience aux intéressés: «C’est une mentalité tellement différente. On n’est jamais mis de côté, on fait partie de l’université, on la représente même. C’est de là que vient tout l’engouement.»

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